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Tricot côtes anglaises : technique, astuces et tension

Dominique de La Maille12 min de lecture

Les côtes anglaises (ou point de côtes anglaises) sont un point de tricot formé en alternant mailles endroit et mailles glissées avec un jeté, créant ainsi un relief épais et élastique caractéristique. Ce point double la hauteur visuelle des côtes par rapport aux côtes 1/1 classiques, ce qui lui confère une grande extensibilité et un toucher moelleux.

Le tricot côtes anglaises fascine autant qu'il intimide. Son relief prononcé, sa douceur au toucher et son élasticité remarquable en font l'un des points les plus utilisés pour les écharpes, les bonnets et les cols roulés. Pourtant, beaucoup de tricoteuses et tricoteurs évitent les côtes anglaises, convaincus que le point est complexe ou que les rangs se lisent mal. Ce guide est là pour démystifier ce point de A à Z : comment il est construit, pourquoi l'échantillon change tout, comment adapter votre tension et comment lire correctement les instructions d'un patron. Vous apprendrez aussi à choisir la laine la mieux adaptée et à éviter les erreurs les plus courantes. En comprenant le mécanisme qui se cache derrière chaque geste, les côtes anglaises faciles deviennent une réalité, même pour ceux qui n'ont jusqu'ici travaillé qu'en jersey ou en côtes 1/1.

Échantillon de tricot côtes anglaises en laine mérinos naturelle présentant le relief prononcé caractéristique du point

Comment fonctionne le point de côtes anglaises ?

Pour comprendre les côtes anglaises, il faut partir de leur mécanique fondamentale. Contrairement aux côtes 1/1 ou 2/2, ce point ne se tisse pas entièrement à chaque rang. Il repose sur un principe de différé : une maille n'est pas tricotée au rang où on l'aborde, mais au rang suivant, après avoir été glissée avec un jeté. Ce jeté, ce simple fil passé devant la maille glissée, se retrouve ensuite tricoté ensemble avec la maille lors du rang suivant. C'est cette double boucle ainsi formée qui crée le relief gonflé et moelleux caractéristique des côtes anglaises. Résultat : chaque maille visible sur l'endroit du tricot est en réalité composée de deux fils superposés. Cela explique pourquoi les côtes anglaises sont plus épaisses, plus chaudes et plus élastiques que n'importe quel autre point de côtes. Sur une écharpe de 20 cm de large en côtes 1/1, la même pièce réalisée en côtes anglaises mesurera environ 28 à 30 cm avant blocage, en raison de cette élasticité supplémentaire. Cette propriété est essentielle à garder en tête dès la phase de calcul du patron, avant même de monter la première maille.

La séquence de base : rang par rang

Sur un nombre impair de mailles, le rang de mise en place se tricote ainsi : une maille endroit, puis en alternance jeté et maille glissée à l'envers, maille endroit. Les rangs suivants suivent ce schéma : jeté, maille glissée, puis on tricote ensemble la maille suivante et le jeté du rang précédent à l'endroit. Cette séquence se répète sur chaque rang, que l'on travaille à plat ou en rond. En travaillant en rond, les instructions diffèrent légèrement car les deux faces ne se tricotent plus de la même manière, mais le principe de maille différée reste identique.

Schéma technique illustrant la mécanique des côtes anglaises : maille glissée avec jeté et tricotage ensemble au rang suivant

Pourquoi l'échantillon est encore plus critique ici qu'ailleurs

Si l'échantillon est toujours recommandé en tricot, il devient ici absolument incontournable. Les côtes anglaises sont sensibles à deux variables que d'autres points tolèrent mieux : la tension verticale et l'élasticité horizontale. Un écart de tension d'une seule maille sur 10 cm peut représenter une différence de 3 à 4 cm sur un pull de 50 cm de tour de poitrine. Pour réaliser votre échantillon, montez au minimum 24 mailles et tricotez 30 rangs en côtes anglaises. Laissez reposer le carré 24 heures sans l'épingler, car ce point se détend naturellement après le travail. Mesurez ensuite le nombre de mailles et de rangs sur 10 cm à plat, sans étirer le tissu. Notez que les côtes anglaises ont naturellement tendance à se rétrécir en largeur sur l'aiguille, puis à s'élargir une fois posées à plat. Cette différence peut atteindre 20 à 25 % selon la laine utilisée. Si votre patron indique 14 mailles pour 10 cm en côtes anglaises et que vous en obtenez 16, changez d'aiguilles avant de recalculer quoi que ce soit. Une aiguille plus grosse d'un demi-millimètre suffit souvent à corriger cet écart.

Bloquer ou ne pas bloquer un échantillon en côtes anglaises ?

La question du blocage à la vapeur d'un échantillon en côtes anglaises est fréquemment posée. La réponse dépend de ce que vous prévoyez de faire avec la pièce finie. Si votre pull sera lavé et séché à plat, bloquez l'échantillon de la même façon. Si l'accessoire ne sera jamais humidifié, mesurez l'échantillon sec. Bloquer un échantillon en côtes anglaises à la vapeur écrase légèrement le relief et modifie les mesures. Pour préserver l'élasticité caractéristique du point, le lavage à la main avec séchage à plat reste la méthode la plus fidèle à l'usage réel du tricot fini.

Trois pelotes de laine adaptées au tricot côtes anglaises en poids Aran avec des aiguilles en bois taille 5,5 mm

Choisir la bonne laine pour des côtes anglaises réussies

Le choix de la laine influence directement la lisibilité du point et le confort du tricot fini. Les côtes anglaises se comportent différemment selon la structure de la fibre utilisée. Une laine 100 % mérinos superwash avec un retors de 2 à 4 fils est idéale pour débuter : elle glisse bien sur les aiguilles, supporte les nombreuses manipulations liées aux mailles glissées et offre un relief net. Les laines pelucheuses ou mohair sont à éviter pour un premier projet car les fibres qui se détachent collent entre les mailles et rendent la lecture du rang difficile. Pour un pull d'hiver en côtes anglaises, visez un fil de catégorie Aran ou grosse laine (100 à 150 m pour 100 g) sur des aiguilles de 5 à 6 mm. Cette combinaison donne un tricot épais et bien défini, sans être trop lourd à porter. Les mélanges laine-alpaga sont appréciés pour leur douceur, mais l'alpaga réduit l'élasticité naturelle du fil : les côtes anglaises seront légèrement moins rebondies qu'avec une laine pure. Anticipez ce comportement en choisissant des aiguilles légèrement plus petites que celles indiquées sur l'étiquette de la pelote.

Calculer la quantité de laine nécessaire

Comme les côtes anglaises consomment environ 25 % de fil de plus que les côtes classiques, adaptez vos calculs en conséquence. Pour une écharpe de 160 cm sur 20 cm en laine Aran, comptez environ 250 à 280 g de fil, soit 2 à 3 pelotes selon le grammage. Pour un pull adulte taille médium réalisé entièrement en côtes anglaises, prévoyez 600 à 750 g selon la taille des aiguilles et la tension de la tricoteuse ou du tricoteur. Mieux vaut acheter une pelote supplémentaire du même lot de teinture que de se retrouver à court en fin de projet.

Lire un patron en côtes anglaises sans se perdre

La lecture d'un patron en côtes anglaises peut déstabiliser, même avec plusieurs années d'expérience, parce que les abréviations varient selon l'origine du patron. En français, les instructions les plus courantes sont : m.gl. (maille glissée), jté (jeté), 2m.ens.end. (tricoter 2 mailles ensemble à l'endroit). Certains patrons détaillent uniquement le rang type en demandant de le répéter, d'autres précisent un rang d'installation distinct. Avant de démarrer, lisez toujours le patron en entier et identifiez ces trois abréviations. Si le patron est traduit de l'anglais, vérifiez que la traduction est cohérente : les termes slip 1 wyif (glisser 1 maille avec le fil devant) et yarn over (jeté) sont parfois rendus différemment selon les éditeurs. Un conseil pratique : placez un marqueur de rang toutes les 20 rangs. Cela vous permet de repérer facilement si une maille a été oubliée ou si un jeté a été tricoté à l'envers. En côtes anglaises, une erreur sur un rang a des conséquences visibles sur deux rangs, ce qui complique les corrections. Mieux vaut défaire un seul rang que deux.

Travailler en rond versus à plat : les différences concrètes

Travailler les côtes anglaises à plat (sur aiguilles droites) est plus intuitif pour commencer, car les deux faces se voient et se lisent facilement. En tricot en rond (sur aiguilles circulaires ou double-pointe), les deux faces se tricotent toujours depuis l'endroit. Cela modifie la séquence : pour que les deux faces soient identiques, il faut intervertir les étapes endroit et jeté-maille glissée selon les rangs. Les patrons de pulls construits top-down précisent généralement cette adaptation. Si votre patron ne le mentionne pas, il est rédigé pour être tricoté à plat, puis assemblé.

Les erreurs les plus fréquentes et comment les corriger

Plusieurs difficultés reviennent régulièrement chez ceux qui découvrent les côtes anglaises faciles pour la première fois. La première erreur est d'oublier le jeté avant la maille glissée. Sans ce jeté, la maille suivante ne peut pas être tricotée à deux fils ensemble, ce qui crée un trou ou une maille serrée selon la façon dont on récupère l'erreur. La deuxième erreur fréquente est de tricoter la maille glissée au lieu de la glisser. Cela consomme la maille prématurément et décale tout le rang. La troisième erreur concerne le rabattage : les côtes anglaises sont si élastiques que les rabattre normalement à l'endroit produit un bord beaucoup trop serré. Pour un bord de col ou d'écharpe, utilisez systématiquement la méthode du rabattage élastique, ou rabattez avec une aiguille d'une taille de plus que celle utilisée pour le corps du tricot. En cas d'erreur découverte plusieurs rangs plus tôt, la défection rang par rang (défaire à l'envers) est délicate sur ce point à cause des jetés. Il est souvent plus sûr d'utiliser une aiguille auxiliaire pour reprendre les mailles à partir du rang juste avant l'erreur.

Intégrer les côtes anglaises dans la construction d'un pull

Les côtes anglaises s'intègrent naturellement dans plusieurs types de constructions. Dans un pull tricoté top-down, on les utilise fréquemment pour le col, les manchettes et les bordures inférieures, en raison de leur élasticité et de leur aspect soigné. Elles peuvent aussi constituer l'intégralité du corps d'un pull, notamment pour des modèles type oversize ou des pulls d'hiver épais. Dans ce cas, deux points importants sont à anticiper. Premièrement, les augmentations et les diminutions ne se font pas de la même façon qu'en jersey : il faut les intégrer dans la logique du rang jeté-glissée pour ne pas casser le motif. Certains patrons prévoient des zones de transition en côtes 1/1 pour simplifier les emmanchures. Deuxièmement, la réversibilité du point est un atout pour les pièces sans envers défini comme les écharpes et les cols, mais elle peut compliquer l'assemblage des pièces d'un pull : veillez à bien identifier l'endroit dès le départ avec un fil marqueur de couleur différente glissé en lisière.

Côtes anglaises et construction top-down : un mariage à planifier

Si vous souhaitez réaliser un pull entièrement en côtes anglaises en construction top-down, commencez par un échantillon tricoté en rond pour obtenir les bonnes mesures. Les augmentations raglan en côtes anglaises nécessitent un placement précis des jetés supplémentaires pour que les augmentations s'intègrent au motif sans créer de trous indésirables. Prévoyez un rang de transition en côtes 1/1 de chaque côté des lignes de raglan, ce qui facilite la lecture des rangs et donne un repère visuel clair pour les augmentations. Cette technique est utilisée dans de nombreux patrons contemporains de pulls oversize en grosses laines.

Points cles

  • Les côtes anglaises se construisent sur un principe de mailles glissées avec jeté, tricotées ensemble au rang suivant.
  • Ce point est 30 à 40 % plus élastique que le jersey : l'échantillon est indispensable avant de calculer le nombre de mailles à monter.
  • La consommation de fil est supérieure d'environ 25 % par rapport aux côtes classiques : prévoyez une pelote supplémentaire pour les grands projets.
  • Les côtes anglaises sont réversibles et se travaillent avec un nombre impair de mailles ou un multiple de 2 plus 1.

Glossaire

  • Côtes anglaises : Point de tricot formé de mailles glissées avec jeté et de mailles endroit tricotées ensemble, produisant un relief bicolore épais et très élastique.
  • Jeté : Geste consistant à passer le fil devant ou derrière l'aiguille avant de glisser une maille, ajoutant une boucle supplémentaire sur l'aiguille.
  • Maille glissée : Maille transférée d'une aiguille à l'autre sans être tricotée, conservant sa position pour être travaillée au rang suivant.
  • Échantillon : Carré de tricot de référence (généralement 10 x 10 cm) permettant de vérifier la tension avant de démarrer un patron.
  • Tension : Terme désignant la régularité et la force avec lesquelles le tricoteur forme ses mailles, déterminant la taille finale du tricot.
  • Demi-côtes anglaises : Variante des côtes anglaises où seule une face du tricot reçoit les mailles glissées avec jeté, créant un aspect différent sur chaque endroit.
  • Rabattre : Opération consistant à terminer un bord du tricot en passant chaque maille par-dessus la suivante pour bloquer le travail définitivement.
  • Monter les mailles : Première étape d'un tricot consistant à placer un nombre défini de boucles sur l'aiguille pour former la première rangée de mailles.

Questions frequentes

Quelle est la différence entre les côtes anglaises et les demi-côtes anglaises ?

Les côtes anglaises traitent les mailles glissées avec jeté sur les deux faces du tricot : les deux endroits sont identiques et le point est pleinement réversible. Les demi-côtes anglaises n'appliquent la technique que sur une seule face, ce qui donne un aspect différent selon le côté que l'on regarde. Les demi-côtes anglaises sont légèrement moins épaisses et consomment un peu moins de fil, mais elles perdent la symétrie totale du point original.

Peut-on tricoter des côtes anglaises avec des aiguilles circulaires ?

Oui, les côtes anglaises se tricotent sur des aiguilles circulaires, que ce soit à plat (en faisant des allers-retours) ou en rond. En travail en rond, la séquence de rangs change légèrement : il faut adapter les instructions pour que les deux faces restent équilibrées. La longueur des aiguilles circulaires doit correspondre au moins au périmètre de la pièce pour éviter de trop étirer le tricot sur le câble.

Comment éviter un bord trop serré quand on rabat des côtes anglaises ?

Pour rabattre des côtes anglaises sans que le bord soit serré, utilisez une aiguille d'une taille supérieure à celle du tricot, ou réalisez un rabattage élastique. Dans un rabattage élastique, on tricote toujours deux mailles avant de les faire passer l'une sur l'autre. Cette méthode donne un bord souple qui conserve l'élasticité naturelle du point et ne se retourne pas vers l'intérieur.

Combien de mailles faut-il monter pour commencer des côtes anglaises ?

Pour des côtes anglaises à plat, montez un nombre impair de mailles. Pour des côtes anglaises en rond, montez un nombre pair. Cette règle assure que le motif se répète correctement sur toute la largeur ou la circonférence du tricot. Avant de monter vos mailles définitives, vérifiez toujours l'échantillon pour ajuster la taille des aiguilles et obtenir les mesures correctes.

Les côtes anglaises conviennent-elles à un premier projet de pull ?

Les côtes anglaises sont techniquement réalisables pour un premier pull, mais elles exigent une gestion de l'échantillon plus rigoureuse que le jersey. Si vous débutez en pull, entraînez-vous d'abord sur une petite pièce comme une écharpe ou un snood pour maîtriser la séquence de rangs et le comportement de la laine. Une fois l'automatisme acquis, le point se tricote de façon très rythmique et devient rapidement agréable à travailler.

En resume

Les côtes anglaises sont bien plus qu'un simple point de fantaisie : c'est une technique structurée avec ses propres règles de construction, de tension et de calcul. En comprenant pourquoi chaque maille est glissée plutôt que tricotée, pourquoi l'échantillon se comporte différemment des autres points et pourquoi le rabattage demande une attention particulière, vous transformez une source d'hésitation en outil maîtrisé. Retenez les quatre points essentiels : réalisez toujours un échantillon non bloqué, comptez vos mailles en impair pour un travail à plat, prévoyez 25 % de laine supplémentaire, et rabattez avec une aiguille plus grande. Avec ces bases solides, les côtes anglaises deviennent une technique fiable et polyvalente, aussi bien pour les accessoires que pour les pièces de dessus.

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