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Point de tricot : guide complet pour bien choisir

Dominique de La Maille12 min de lecture

Un point de tricot est une structure de boucles entrelacées obtenue par le passage d'un fil autour des aiguilles selon un ordre précis. Chaque point produit un rendu visuel et une élasticité différents, ce qui détermine directement l'usage du tissu tricoté.

Le choix d'un point de tricot ne relève pas du simple goût esthétique : il conditionne l'élasticité de votre tissu, la quantité de laine nécessaire, et le nombre de mailles à monter. Avant même de penser au coloris ou à la marque de fil, il est utile de comprendre comment chaque point au tricot structure la matière. Le jersey, le point mousse, les côtes ou les torsades ne se comportent pas de la même façon face à la tension, à l'humidité ou au blocage. Dans ce guide, vous trouverez une présentation structurée des grandes familles de points, une explication de leur impact sur votre échantillon, et des repères concrets pour adapter vos patrons. Que vous débutiez votre premier pull top-down ou que vous cherchiez à comprendre pourquoi votre sweat rétréci à la largeur, ce guide vous donne les bases techniques pour avancer avec méthode.

Trois échantillons de tricot côte à côte illustrant le jersey, le point mousse et les côtes 2/2 en laine mérinos naturelle

Quelles sont les grandes familles de points de tricot ?

On distingue trois grandes familles de points au tricot, chacune avec des propriétés physiques bien distinctes. Les comprendre permet de faire des choix éclairés, et non des choix par défaut.

La première famille regroupe les points unis : le jersey endroit et le jersey envers, ainsi que le point mousse. Le jersey endroit alterne des rangs entièrement à l'endroit (aller) et des rangs entièrement à l'envers (retour). Il produit un tissu souple, léger, mais qui s'enroule sur ses bords sans traitement des lisières. Le point mousse, lui, se tricote en mailles endroit sur tous les rangs ; il est plus épais, réversible, et ne s'enroule pas.

La deuxième famille est celle des points élastiques, dont les côtes sont le meilleur exemple. Les côtes 1/1, 2/2 ou 2/1 alternent colonnes de mailles endroit et colonnes de mailles envers. Leur élasticité transversale est bien supérieure à celle du jersey, ce qui en fait le point de prédilection pour les poignets, les encolures et les bas de pulls.

La troisième famille regroupe les points de fantaisie : torsades, dentelles, nopes, points de riz, point de grains. Ces points combinent des structures endroit/envers, des jetés, des diminutions ou des croisements de mailles pour créer texture ou transparence. Leur impact sur la tension est variable et doit systématiquement être mesuré par un échantillon dans le point exact prévu pour le projet.

Le jersey : point de référence pour les calculs

La quasi-totalité des patrons de tricot publient leur tension en jersey, sur aiguilles droites ou circulaires. C'est la raison pour laquelle on parle souvent de jersey comme du point de tricot de référence. Si vous choisissez un autre point pour votre projet, vous devrez refaire votre échantillon dans ce point précis, car les mailles ne se comportent pas de la même façon selon la structure qui les entoure.

Les côtes : bien plus qu'un bord décoratif

Les côtes ne servent pas uniquement à finir un pull : elles peuvent structurer des pans entiers d'un vêtement. Un pull entièrement tricoté en côtes 2/2 aura une silhouette plus ajustée qu'un pull en jersey de même taille nominale, car les colonnes envers compriment transversalement le tissu. Ce phénomène peut atteindre 20 à 30 % de réduction de largeur par rapport au jersey, d'où l'importance de tricoter l'échantillon dans le bon point.

Diagramme technique illustrant la structure d'une maille endroit, d'une maille envers et d'un jeté au tricot

Comment le point de tricot influence-t-il l'échantillon et la tension ?

L'échantillon est la seule mesure fiable qui vous permet de passer d'un patron à un vêtement aux bonnes dimensions. Et la tension que vous mesurez dépend directement du point que vous utilisez. Un même fil tricoté en jersey sur des aiguilles de 4,5 mm peut donner 20 mailles pour 10 cm, et seulement 16 mailles pour 10 cm en point de riz avec les mêmes aiguilles, parce que le point de riz est structurellement plus compact horizontalement et plus gonflant verticalement.

Pour mesurer correctement votre tension, tricotez un carré d'au moins 15 cm sur 15 cm dans le point prévu, avec les aiguilles et la laine du projet. Bloquez-le selon les instructions du fabricant de laine (lavage à plat ou humidification), puis mesurez à plat sur une surface rigide. Comptez le nombre de mailles sur exactement 10 cm, en vous écartant des bords de 2 cm de chaque côté pour éviter les distorsions de lisière.

Si vous obtenez plus de mailles que la tension indiquée par le patron, vos mailles sont trop serrées : montez d'un numéro d'aiguille. Si vous en obtenez moins, vos mailles sont trop lâches : descendez d'un numéro. Cette règle s'applique quel que soit le point au tricot que vous travaillez. Ne sous-estimez jamais l'impact d'un demi-point d'écart sur 10 cm : sur un pull de 50 cm de large, cela représente une différence de 2,5 cm, soit une taille entière.

Pourquoi tricoter l'échantillon dans le bon point est non négociable

Certains tricoteurs font leur échantillon en jersey même si le projet est en torsades ou en point de riz. C'est une erreur fréquente qui génère des pièces trop larges ou trop étroites. Chaque structure de point modifie la façon dont le fil se loge entre les aiguilles. Un point de torsade, par exemple, tire horizontalement sur le tissu et réduit sa largeur visible. Il faut donc mesurer la tension dans le point exact qui sera utilisé, à l'emplacement exact du vêtement où ce point apparaît.

Mesure de l'échantillon sur un point de torsades en laine chunky, avec règle posée sur 10 cm de tricot

Comment lire les symboles et abréviations d'un point au tricot dans un patron ?

La lecture d'un patron de tricot repose sur un vocabulaire abrégé que vous rencontrez dans presque toutes les publications françaises. Les abréviations les plus courantes sont : end. pour maille endroit, env. pour maille envers, gl. pour maille glissée, aug. pour augmentation, dim. pour diminution, et RM pour repère de maille. Les répétitions de motifs sont indiquées entre astérisques (*) ou entre crochets ([]).

Quand un patron indique : « 2 end., 2 env. répéter de à jusqu'en fin de rang », il vous demande de répéter la séquence de quatre mailles jusqu'à la fin du rang. C'est la structure de base des côtes 2/2. Comprendre la logique de ces notations vous permet de les adapter si votre nombre de mailles ne tombe pas exactement sur un multiple du motif.

Les patrons modernes utilisent souvent des diagrammes à cases : chaque case représente une maille, un symbole visuel indique le type de point. Ce système est particulièrement utile pour les points de dentelle ou les torsades, où l'enchaînement des rangs est difficile à décrire en texte seul. Apprenez à lire un diagramme de droite à gauche pour les rangs endroit (le sens du travail en tricot à plat), et à repérer la ligne de répétition encadrée, qui indique le motif à reproduire.

Si vous générez votre patron depuis une photo sur La Maille, chaque point utilisé est accompagné de son abréviation et d'une légende, pour que vous puissiez tricoter sans ambiguïté.

Les augmentations et diminutions dans un point de fantaisie

Lorsque vous travaillez un point de fantaisie structuré (comme une torsade sur fond de jersey envers), les augmentations et diminutions doivent s'intégrer au motif pour que ce dernier reste lisible. La règle pratique : toute maille ajoutée ou supprimée en bordure de motif doit être tricotée en jersey endroit ou jersey envers selon le fond, jusqu'à ce que vous ayez suffisamment de mailles pour compléter une répétition entière du motif. Cela évite les demi-torsades ou les dentelles tronquées qui déséquilibrent visuellement le vêtement.

Quel point de tricot choisir selon le projet ?

Le choix du point au tricot dépend de trois critères principaux : la destination du vêtement ou de l'accessoire, le comportement souhaité du tissu, et la laine disponible.

Pour un pull porté à même la peau, le jersey endroit dans une laine mérinos douce est une valeur sûre. Le tissu est fin, tombe bien, et met en valeur les variations de teinte d'un fil de qualité. Pour un pull d'hiver plus structurant, les torsades apportent volume et rigidité sans alourdir le fil. Pour une écharpe ou un plaid, le point mousse est idéal : il ne s'enroule pas, est réversible, et supporte bien la manipulation.

La laine joue aussi un rôle. Un fil avec du relief naturel (comme un tweed ou un bouclé) efface visuellement les détails d'un point complexe. Dans ce cas, un point structuré comme des torsades serait invisible ; mieux vaut choisir un point uni ou un point mousse qui laisse parler le fil lui-même. À l'inverse, un fil lisse et bien tordu (un mérinos peigné, par exemple) révèle chaque détail du point, et se prête parfaitement à la dentelle ou aux torsades fines.

Pour les projets top-down (construction du pull depuis l'encolure vers le bas), le jersey en tricot circulaire est le point le plus courant, car il permet de visualiser rapidement la forme du vêtement et de mesurer la tension en cours de route. Les augmentations pour les emmanchures raglan s'intègrent naturellement dans ce point sans rompre le motif.

Adapter le point à la construction top-down

Dans une construction top-down, vous démarrez par l'encolure, montez les mailles, puis augmentez régulièrement pour former le corps et les manches. Si vous choisissez un point de fantaisie, planifiez dès le départ comment les augmentations s'intégreront au motif. Le plus simple est de travailler les nouvelles mailles en jersey ou en point mousse jusqu'à ce qu'elles s'intègrent dans une répétition complète du motif. Certains patrons précisent explicitement ce protocole ; si ce n'est pas le cas, c'est à vous d'adapter.

Comment bien choisir sa laine en fonction du point de tricot ?

La laine et le point de tricot forment un binôme indissociable. Un mauvais appariement peut compromettre la tenue du vêtement, même si la tension est parfaitement respectée.

La première variable à considérer est le poids du fil, c'est-à-dire sa grosseur. Un fil fingering (fin) conviendra à des points de dentelle où chaque jeté et chaque diminution forment un motif délicat. Un fil chunky (épais) s'accordera mieux avec des torsades larges ou du point mousse, où la structure du point a besoin de volume pour se définir.

La torsion du fil est également déterminante. Un fil peu tordu, dit « singles » (un seul brin), a tendance à se distordre légèrement sous tension et peut faire pivoter votre tricot. Il est préférable de l'associer à des points simples comme le jersey. Un fil très tordu, en revanche, résiste mieux aux structures complexes.

Enfin, la composition de la laine influence l'élasticité du tissu final. La laine vierge (agneau ou mérinos) à une mémoire élastique naturelle qui renforce les côtes et leur permet de reprendre leur forme après lavage. Le coton, lui, n'a quasiment aucune mémoire élastique : vos côtes en coton se détendront après quelques lavages. Si vous tricotez des côtes dans un fil coton, prévoyez de monter moins de mailles que pour le même point en laine, ou choisissez un mélange coton-élasthanne pour compenser.

Points cles

  • Il existe trois grandes familles de points de tricot : les points unis (jersey, mousse), les points élastiques (côtes) et les points de fantaisie (torsades, dentelle).
  • Le choix du point modifie directement la tension et donc le nombre de mailles à monter : un échantillon dans le point utilisé est indispensable.
  • Les côtes réduisent la largeur du tissu de 20 à 30 % par rapport au jersey à même nombre de mailles, ce qui impacte les calculs de patron.
  • Lire un patron de tricot suppose de repérer les abréviations de points (end., env., gl.) et de comprendre les répétitions de motifs entre astérisques.

Glossaire

  • Maille endroit : Boucle tricotée en insérant l'aiguille de gauche à droite sous le fil avant ; forme la face lisse du jersey.
  • Maille envers : Boucle tricotée en insérant l'aiguille de droite à gauche avec le fil devant ; forme les stries horizontales visibles du jersey envers.
  • Point mousse : Point obtenu en tricotant toutes les mailles à l'endroit sur tous les rangs ; produit un tissu épais, réversible et non enroulant.
  • Échantillon : Carré de tissu tricoté de 15 à 20 cm servant à mesurer la tension effective avant de commencer un projet.
  • Tension : Nombre de mailles et de rangs par 10 cm dans un point donné ; varie selon le tricoteur, la laine et les aiguilles utilisées.
  • Côtes : Alternance régulière de mailles endroit et mailles envers en colonnes verticales, produisant un tissu très élastique utilisé pour les bordures.
  • Point de fantaisie : Tout point au tricot combinant des structures variées (torsades, dentelle, nopes) pour créer un motif texturé ou ajouré.
  • Lisière : Première et dernière maille de chaque rang, traitées de façon particulière pour obtenir un bord net facilitant l'assemblage.

Questions frequentes

Quelle est la différence entre le jersey et le point mousse au tricot ?

Le jersey endroit alterne rangs à l'endroit et rangs à l'envers ; il produit un tissu lisse d'un côté et nervuré de l'autre, mais qui s'enroule sur les bords. Le point mousse se tricote entièrement à l'endroit sur tous les rangs ; il est plus épais, réversible, ne s'enroule pas, et est légèrement moins élastique en longueur que le jersey. Pour les débutants, le point mousse est plus simple à maîtriser.

Faut-il changer de point de tricot pour les lisières d'un pull ?

Les lisières ne sont pas un point au sens strict, mais une façon de traiter les mailles de bord pour faciliter l'assemblage ou obtenir un bord net. La technique la plus courante consiste à glisser la première maille de chaque rang sans la tricoter, ce qui forme une chaînette régulière sur les côtés. Cette technique est compatible avec n'importe quel point intérieur. Elle simplifie le relevé de mailles et l'assemblage des pièces.

Combien de mailles faut-il monter pour tricoter un pull en côtes 2/2 ?

Le nombre de mailles à monter dépend de votre tension mesurée dans les côtes 2/2, pas en jersey. Les côtes 2/2 étant 20 à 30 % plus étroites que le jersey à même nombre de mailles, vous devrez prévoir davantage de mailles pour atteindre la même largeur. Mesurez toujours votre échantillon dans le point prévu, bloquez-le, mesurez le nombre de mailles sur 10 cm, puis calculez : largeur souhaitée en cm x nombre de mailles par cm = nombre de mailles à monter. Vérifiez que ce total est un multiple de 4 (pour les côtes 2/2) avant de démarrer.

Peut-on mélanger plusieurs points de tricot dans un même pull ?

Oui, et c'est même très courant. Un pull peut associer des côtes en bas et aux poignets, du jersey pour le corps principal, et des torsades sur les épaules. La contrainte est de gérer les transitions de points sans que la largeur du tissu change brusquement. Lors du passage des côtes au jersey, il est fréquent de faire une rangée d'augmentations régulières pour compenser la différence de tension entre les deux points, afin que le vêtement ne soit pas pincé à la jonction.

Comment savoir quel point de tricot convient à ma laine ?

Partez du toucher et de la composition. Une laine douce, lisse et bien tordue (mérinos peigné) se prête à des points détaillés comme la dentelle ou les torsades, car elle révèle chaque structure. Une laine avec du relief (tweed, bouclé) efface les détails : privilégiez le jersey ou le point mousse. Les fils en coton pur perdent leur élasticité : évitez les côtes seules ; préférez les points de riz ou le jersey. Faites toujours un petit échantillon avant de commencer.

En resume

Maîtriser le point de tricot, c'est comprendre que chaque structure de maille à un comportement propre qui influence directement vos calculs, votre tension et le résultat final du vêtement. Le jersey reste la référence de mesure, les côtes apportent l'élasticité, et les points de fantaisie donnent la texture. Dans tous les cas, l'échantillon dans le bon point est l'étape que vous ne pouvez pas sauter. Associez votre choix de point à la bonne laine, lisez attentivement les abréviations du patron, et gérez les transitions entre points pour éviter les déformations. Avec ces bases en main, vous pouvez aborder n'importe quel projet avec méthode et confiance.

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